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| La fusion
du verre au XVIIIème siècle |
La
lunetterie française naquit à Morez en 1796
grâce au
génie d'un modeste cloutier, Pierre-Hyacinthe Cazeaux,
qui
parvient à assembler une véritable monture
en fer dans son
atelier. Son invention devait se transformer en aventure
industrielle.
En moins d'un demi-siècle,
les contrées de Franche-Comté profitant
de
leur proximité de Genève et des grands courants
commerciaux entre l'Est
et l'Ouest de l'Europe, verront fleurir une véritable
industrie vouée à tous
les métiers de l'optique, aussi bien pour la fabrication
des verres que
pour celle des montures.
Cette multi-production jouera un rôle
décisif dans l'expansion de l'industrie française.
En effet, celle-ci va réussir à développer
un puissant pôle de production de verres correcteurs
et une très active fabrication de montures, essaimée
en un grand nombre de petites et moyennes entreprises
dont beaucoup sont encore présentes en France
et à l'exportation.

La véritable
expansion de l'industrie française de l'optique-lunetterie
se produit à partir du milieu du XIXe siècle,
lorsque les technologies du premier âge de l'ère
des machines apportent aux artisans de jadis les moyens
d'un réel développement industriel.
Le théâtre des opérations
est toujours le Haut-Jura. La production de lunettes
va permettre à des milliers de paysans-artisans
de se lancer dans une activité artisanale et
familiale, à la ferme durant les longs mois d'hiver
où toute activité rurale est interrompue.
Dans le même temps, les gros bourgs
comme Morez, Saint-Claude, Morbier, Saint-Laurent où
Champagnole se développent au rythme de l'essor
d'une industrie qui va faire de ces modestes villages
de petites villes champignons où naissent un
grand nombre de fabriques.
Là s'effectue le montage des lunettes
qui, à cette époque, sont encore vendues
toutes montées, avec des verres correcteurs réalisés
dans les verreries de ces vallées où l'on
sait pouvoir compter sur la force motrice des nombreux
torrents qui serpentent au creux des montagnes.
C'est ainsi qu'on verra apparaître
dans le Haut-Jura de véritables dynasties de
lunetiers, comme celle inaugurée par Auguste
Lamy, précurseur d'une longue lignée de
chefs d'entreprises dont le nom reste attaché
au N° 1 de la lunetterie française : L'Amy.
En 1863, Morez compte déjà
18 entreprises de lunetterie et de verre optique qui
emploient 1 600 ouvriers. La société Lamy et Lacroix emploie à elle seule 590 ouvriers dont 200 exclusivement
pour la fabrication de lunettes.
On peut dire que pendant plus d'un demi-siècle,
la lunetterie française connaîtra une expansion
fabuleuse jusqu'à la dernière moitié
du XXe siècle où la concurrence viendra
lui disputer sa position de chef de file de l'optique
mondiale.

Au début
du siècle, l'industrie française atteint
les sommets. En 1900, la production morézienne
atteint 12 millions de pièces et la demande est
supérieure aux capacités de production.
Au début des années
20, une région voisine, jusque-là réputée
pour ses fabriques de peignes, plonge à son tour
dans l'industrie de la lunette.
C'est le point de départ de l'immense
succès des productions d'Oyonnax où l'expansion
est d'ailleurs plus rapide qu'à Morez puisqu'en
moins de trente ans, la lunetterie d'Oyonnax dépassera
celle de Morez , devenant pour quelques années
le premier producteur mondial de lunettes.
Les deux bassins voisins, distants d'à
peine cent kilomètres ont cependant une
"culture lunetière " fort différente
pour la simple raison que Morez est la patrie des montures
en métal tandis qu'Oyonnax est le grand spécialiste
des lunettes en plastique. L'explication est simple
: les lunetiers moréziens ont pour origine les
cloutiers spécialistes des fameuses 'Pointes
de Paris " tandis qu'à Oyonnax, depuis le
18e siècle, des générations de
" peigneux " travaillent la corne, puis le
celluloïd et l'acétate.
L'histoire des verres suit un cheminement parallèle
à celui de l'évolution des montures, même
s'il s'agit d'une technologie plus proche du domaine
scientifique que de l'industrie de main-d'uvre.
La technologie a relativement peu évolué
jusqu'à une histoire récente, c'est-à-dire,
la moitié du XXe siècle.
Auparavant, on se contentait de verres grossièrement
surfacés dans du " verre à bouteille
" et il n'y avait que les instruments d'optique
scientifiques, longues-vues, loupes, compas, etc...
pour être équipés d'optiques performantes.
Pendant longtemps, le lunetier sera aussi miroitier
tandis que la fabrication artisanale des lunettes ouvragées
est l'apanage des orfèvres qui les vendent à
côté de bijoux et de parures à de
nobles clients fortunés.
Les véritables progrès
pour les verres de lunettes n'arriveront qu'à
la fin du XIXe siècle avec l'apparition de verres
concaves pour corriger la presbytie, puis les verres
ponctuels avant que ne soient introduits au milieu du
XXe siècle les verres organiques et les verres
progressifs.
En dehors de petites unités quasi
artisanales implantées dans le Jura et en Ile
de France, le véritable démarrage de l'industrie
française de verres correcteurs date de la création,
en 1849, de la " Société confraternelle
des Ouvriers Lunetiers " ancêtre du puissant
groupe Essilor dont le point de départ et l'union
de trois petits patrons : Duez, Duriez et Muneaux, tous
adeptes convaincus des nouvelles idées sociales
empruntées à Saint-Simon.
Lorsqu'éclate la guerre de 1914-18,
l'industrie française de l'optique possède
le monopole mondial du secteur, malgré l'émergence
très active des industries allemandes (pour les
verres) et américaines (pour les montures). La
période d'entre deux guerres va offrir une période
de transition à SL (ancêtre de Essilor)
où ses progrès marquent le pas face à
ses rivaux étrangers. En 1927 est lancé
le nouveau verre ponctuel Stigmal qui, d'après
la publicité, assure "la perfection pour
la vision".
L'optique de l'après-guerre
a été marquée par Georges Lissac,
opticien et industriel, héritier d'une longue
dynastie de lunetiers moréziens. Le monde entier
connaît le fameux magasin créé par
Georges Lissac, Rue de Rivoli à Paris, un des
premiers diplômés du Lycée technique
Victor Bérard à Morez, première
école d'optique française inaugurée
en 1933.

Durant les trente
années qui vont suivre, l'optique française
va connaître de profondes mutations. La profession
des opticiens s'organise et vit les prémices
d'une distribution moderne, telle qu'on la connaît
aujourd'hui.
L'industrie française se segmente
en deux domaines distincts, les verres d'un côté
avec l'émergence d'un géant français
du verre correcteur et les lunettes de l'autre, avec
l'ascension des lunetiers d'Oyonnax.
Du côté des verres,
on assiste à une progression fulgurante de la
technologie avec l'avènement de nouveaux verres
révolutionnaires comme le premier verre organique
"Orma 1000" de Lissac et surtout le fameux
" Varilux " inventé par Bernard Maitenaz
et lancé par la société des Lunetiers
(SL) en mai 1959, verre qui constitue une véritable
révolution pour les presbytes et dont le succès,
40 ans plus tard, ne se dément pas.
En 1972, les deux sociétés Lissac et Essel
fusionnent pour former le groupe Essilor qui deviendra
en quinze ans le numéro un mondial de l'optique
oculaire.
En 1974, Essilor emploie déjà 5000 personnes
et l'exportation représente près de 48%
de son chiffre d'affaires.
En 2002, la France détient toujours le leadership
du marché mondial du verre avec les performances
remarquables d'Essilor.

Que sera l'optique demain?
Globalement, le marché va
croître encore pendant une vingtaine d'années
au moins du fait de l'avènement des seniors issus
de la surnatalité des années d'après-guerre.
Des mutations sont à prévoir du fait de
la mondialisation du secteur. Cependant, une redistribution
des cartes peut donner à notre industrie lunetière
de véritables chances de succès car elle
est largement exportatrice. Elle a gardé intact
son pouvoir de créativité et les consommateurs
qui sont devenus exigeants ont appris à faire
la différence avec les "Lunettes de France".
Deux cents ans après sa création, notre
industrie est plus que jamais présente partout
dans le monde, défendant l'excellence française
intégrant créativité et technologie.
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