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L'I.O.T.A.
:
UN JEUNE INSTITUT DE PLUS DE 75 ANS
par Gérard ROBLIN
L'Institut
d'Optique Théorique et Appliquée
a fêté ses 75 ans d'existence.
Reconnu d'utilité publique par la loi du 10 août
1920, c'est traditionnellement
à cette date qu'est située sa naissance.
Dès 1915, durant la première guerre mondiale,
le besoin d'instruments d'optique est particulièrement
flagrant et la France manque d'ingénieurs pour
en calculer les éléments.
La constitution d'un Institut d'Optique chargé
d'un enseignement de l'optique instrumentale est alors
envisagée et en 1916, un projet établi
par Henri Chrétien et le duc de Gramont est présenté
à Paul Painlevé, Ministre de l'Instruction
Publique qui en convainc ses collègues Ministres
du Commerce, de la Guerre et de la Marine.
Une commission interministérielle est décidée,
présidée par le Général
Bourgeois,
chef du Service Géographique de l'Armée.
L'Institut d'Optique ne put s'installer qu'après
la fin de la guerre, en 1919, dans un immeuble du boulevard
de Montparnasse où ses activités ne commencent
qu'en 1920.
Le duc de Gramont en présidera le Conseil jusqu'à
sa mort en 1962 et son successeur sera Alfred Kastler,
prix Nobel de Physique. Charles Fabry est son premier
Directeur Général, charge qu'il conservera
jusqu'en 1945.
Les objectifs fixés à l'Institut
d'Optique devaient répondre à une triple
vocation : l'enseignement, la recherche et la diffusion
des résultats de la discipline.
L'Enseignement
Celui-ci avait pour but de former :
des cadres ingénieurs au sein de l'Ecole Supérieure
d'Optique, spécialisés en optique, aptes
à calculer, projeter, mettre en service des instruments
d'optique civils et militaires et des instruments de
laboratoire mettant en uvre les propriétés
de l'optique,
des futurs ouvriers, dans une Ecole Professionnelle
(devenue "Ecole de Métier" puis Lycée
d'Etat Fresnel), amenés à fabriquer les
composants optiques entrant dans la conception d'un
instrument.
La Recherche
par l'élaboration dans son Laboratoire
de méthodes de conception, de mise au point
et de contrôle de nouveaux instruments transférables
ensuite à l'industrie.
La Diffusion
Dans une revue
mensuelle, par le moyen des Editions de la
Revue d'Optique (devenue par la suite indépendante),
des résultats essentiels de la discipline, obtenus
surtout par les chercheurs de l'IOTA et les ingénieurs
de l'industrie nationale, avec l'édition d'une
collection d'ouvrages couvrant tous les domaines de
la connaissance en optique,
au fur et à mesure de leur introduction dans
l'enseignement de l'Ecole.
Les activités de l'Institut d'Optique ont largement
évolué au cours de ces 75 années
d'existence tant en Recherche qu'au niveau de l'Enseignement,
ces deux volets étant difficilement dissociables
car pour beaucoup animés par les mêmes
acteurs.
A ses débuts, le rôle du Laboratoire s'apparente
davantage à celui de "Centre Technique"
mettant à la disposition des industriels de multiples
moyens de contrôle et d'expertise de leurs fabrications.
Progressivement la recherche s'impose naturellement
et prend son essor sous la Direction Générale
de Charles
Fabry et celle de Charles
Dévé, après
l'installation de l'IOTA en 1926
dans les locaux plus vastes et mieux adaptés
situés boulevard Pasteur à Paris.
L'optique physique s'y développe
et ses propriétés sont utilisées
dans la conception des instruments. L'étude des
défauts d'homogénéité des
verres et celle de leur traitement thermique voit le
jour avec Aniuta Winter.
Les recherches sont amorcées dans le domaine
de l'infrarouge et André Bayle (qui fondera la
REOSC) met au point les premières
photopiles compensées et construit
des spectrographes et spectrophotomètres à
très grande dispersion.
Le rendement des instruments est amélioré
grâce aux premiers traitements de surface.
Les rapports de l'optique physiologique et des caractéristiques
de l'instrument sont exposés sous la direction
d'Albert Arnulf.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Pierre Fleury
devient Directeur Général, Albert Arnulf
assumant la Direction des Laboratoires. L'optique physiologique
est en progrès, l'étude des verres se
poursuit. Les monochromateurs doubles à miroirs
de Jean Terrien (futur Directeur du BIPM) et François
Desvignes équipent plusieurs établissements.
André Maréchal énonce sa règle,
et développe la notion
de fréquences spatiales ouvrant la
voie à leur filtrage avec Madeleine Marquet et
à la mesure de la FTM.
L'observation des objets de phase progresse avec Maurice
Françon et Georges Nomarski de même que
l'endoscopie médicale avec Jacques Vulmière.
Les couches
minces font l'objet de recherches approfondies
avec Florin Abélès et Paul Croce. Des
études originales portent sur le microscope flying-spot,
premier type de microscope optique à balayage,
et les techniques de fabrication de surfaces asphériques,
ébauchées avant la guerre, sont enfin
sérieusement mises en uvre par Jean-Paul
Marioge.
La qualité des recherches vaut à l'IOTA
la reconnaissance du statut de Laboratoire associé
au CNRS en 1966. Leur développement et la croissance
continue des effectifs de l'Ecole nécessitent
une nouvelle implantation à Orsay la même
année, complétée d'une seconde
tranche dix ans plus tard.
André Maréchal succède à
Pierre Fleury.
Le laser apparaît à l'Institut.
Les premières expériences d'optique non
linéaire sont menées avec Jacques Ducuing.
L'optique cohérente se développe avec
Serge Lowenthal ainsi que l'imagerie médicale.
La fabrication des couches minces multiples à
haute réflexion dans le domaine X-UV est abordée.
Les techniques de travail des matériaux, notamment
leur polissage, sont améliorées et le
service de métrologie reçoit l'agrément
du BNM. Mais cette période reste sans doute marquée
par une orientation nouvelle vers l'étude de
phénomènes fondamentaux. 
Les ondes évanescentes
font l'objet d'études fructueuses.
La lévitation optique permet la micromanipulation
de cibles, l'effet inertial de spin du photon est visualisé
par Christian Imbert et le principe de non séparabilité
en mécanique quantique est confirmé par
Alain Aspect.
Actuellement, les thèmes de recherche poursuivis
concernent l'optique atomique, l'optique non linéaire
et les photoréfractifs, l'optique quantique,
la physique des couches minces, la physique des images,
les surfaces et composants optiques, l'instrumentation
et la métrologie.
L'enseignement à l'Ecole profite bien entendu
de l'évolution de ces recherches. A ses débuts
(1920), elle recrute surtout des ingénieurs déjà
diplômés (X, Centrale, AM) et des officiers
des trois armes français et étrangers.
Les cours qui sont professés ne
sont destinés qu'à apporter une spécialisation
en optique et leur nombre est restreint : Introduction
générale à l'étude de l'optique
par Charles Fabry, Instruments d'optique par Lucien
Dunoyer, Calcul des combinaisons optiques par Henri
Chrétien, Optique physiologique par André
Broca, Chimie physique et chimie des verres d'optique
par Nicolardot.
Ils sont complétés par des conférences
sur des sujets spéciaux données par Maurice
de Broglie, Aimé Cotton, Mouton, Gustave Yvon.
Les travaux pratiques timidement implantés ne
se développeront vraiment, en même temps
que des séances de travail du verre, que lorsque
l'Institut s'installera boulevard Pasteur.
Après une année d'étude, un diplôme
d'Ingénieur opticien "peut être décerné
aux auditeurs ayant subi avec succès des examens
comportant l'établissement d'un projet d'instrument
d'optique".
Il apparaît que l'enseignement trop restreint
pour les non titulaires d'autres titres soit un handicap
à leur carrière industrielle. Il est donc
demandé de faire preuve de connaissances supplémentaires
lors de l'inscription, amorce de l'instauration d'un
concours d'entrée.
Aux matières d'origine (Calcul où Jean
Cojan, Jean Burcher, Pierre Givaudon, Roland Geyl succèderont
à Chrétien, Optique Physiologique longtemps
professée par Yves Legrand, Optique géométrique
dispensée à de nombreuses promotions par
Michel Cagnet), s'ajoutent de nouveaux cours :
dessin,
technologie,
mécanique,
conception instrumentale dont les maîtres seront
notamment les frères Roux, Lucien Nicolas, Lucien
Reymond.
La durée des études passe à deux
ans en 1942, puis à trois en 1952. De nouveaux
cours sont mis en place
concernant, entre autres, les couches minces, la formation
des images, l'utilisation des fréquences spatiales.
En 1959 le concours d'entrée est jumelé
avec celui de l'Ecole Supérieure d'Electricité,
ultérieurement avec celui des Ecoles Centrales
de Paris et de Lyon.
A la rentrée de 1965, l'école prend possession
d'Orsay.
On ne cesse d'introduire de nouveaux
enseignements, bien sûr non sans en supprimer
ou réduire quelques autres. Apparaissent ainsi
l'électronique, les fibres optiques et l'optique
intégrée, l'informatique, le laser, la
mécanique quantique, l'optoélectronique,
la physique des solides, et aussi l'anglais, l'économie
et la gestion. La formation évolue vers celle
d'ingénieurs physiciens spécialisés
en optique.
Aujourd'hui, les élèves
dont les études s'achèvent par un stage
(qui peut être de longue durée) se voient
proposer en troisième année cinq options
résument bien les buts assignés à
l'Ecole : Systèmes optiques et optroniques, Laser
et optique non linéaire, Traitement des images,
Télécommunications optiques et capteurs
optiques, et Gestion suivie à HEC.
Les promotions augmentant progressivement
de quelques unités pour atteindre environ cinquante
ingénieurs diplômés, ce sont aujourd'hui
plus de mille six cents ingénieurs qui ont été
formés par l'Ecole depuis sa création.
Il serait difficile de les citer tous, mais il l'est
davantage de tenter d'en établir un palmarès
qui ne serait exhaustif ou attenterait à la modestie
de certains.
Néanmoins, outre tous ceux qui viennent d'être
évoqués, quelques noms, parfois oubliés,
peuvent être mentionnés dans la chronologie
de leur sortie, qui ainsi en rappelleront peut-être
d'autres aux lecteurs de ces lignes.
Ayant eu ou ayant encore une activité
dans l'industrie, ce sont :
Maxime Stiassnie renommé en microscopie,
André Nectoux nous laissant son réfractomètre,
Pierre Angénieux, connu de tous,
Serge Clavé et ses machines,
Jean Blosse père du "bloscope",
Raymond Dudragne (développant l'instrumentation
ophtalmologique),
Roger Bel de MTO et ancien Président du GIFO,
André Benoît (qu'on ne présente
plus),
André Mirau et son interféromètre,
Edgar Hugues de Cerco,
Bernard Maitenaz auteur du "Varilux",
Pierre Tournois de Thomson,
Jean-Pierre Laude et Gilbert Hayat de Instruments SA,
Diminique Ruffi de Ponteves à la Sfim,
Gilles Brassart cofondateur de BMI et les plus récents
créateurs d'entreprises Patrick Lafond et Jacques
Delacour.
Dans le domaine de la recherche, d'anciens élèves
sont :
les astronomes : Maurice Paul, André Baranne
et Antoine Labeyrie,
les ingénieurs généraux : Bernard
Cuny et Marcel Déramond, Félicien Blottiau,
pionnier de la colorimétrie, Georges Stroke,
maître à tailler des réseaux, André
Girard,
père du spectromètre à grilles,
Alain Carenco et Serge Valette pour l'optique intégrée,
François Salin propageant le "soliton".
La Revue d'Optique théorique et instrumentale
a été longtemps soutenue par Emile Perrin,
et bon nombre de nos techniciens de l'industrie et des
laboratoires doivent une part de leur formation à
Charles Savigny.
Pour clore cette liste, et cette
trop incomplète histoire de l'Institut d'Optique,
sur un aspect inattendu de la discipline, nous citerons
encore un maître de la peinture, Charles Lapicque,
qui devint ingénieur pour acquérir des
connaissances sur la vision des couleurs.
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